A son arrivée à la direction de la CPAM des Alpes-Maritimes, Guy Plattet avait fait un constat alarmant : celui d’un encadrement cassé, figé par la peur, redoutant de s’exprimer, relégué au rôle d’exécutant d’un ordre descendant trop souvent déconnecté. Il avait fait le pari de libérer les énergies, de donner sa confiance et de l’autonomie sans pour autant abandonner l’idée du contrôle nécessaire au bon pilotage de la caisse.
Certes, tout n’est pas parfait dans l’autonomie, mais le signal était là, chacun pouvait apporter son expertise et améliorer l’existant. Un vent de renouveau avait soufflé et transformé l’environnement sombre du père fouettard qui régnait souvent avec brutalité et parfois sadisme.
Après une époque progressiste, il y a souvent un retour réactionnaire qui remet trop de rigueur pour éviter les débordements et le laisser aller. Dans ce scénario contemporain, il n’est plus question de la recherche de l’aliénation la plus parfaite, mais, derrière le vernis de la reconnaissance individuelle, du retour à une essentialisation maquillée et bien présentée. L’individu est limité à la fonction de courroie de transmission. L’expertise de terrain, la connaissance du métier, la conscience professionnelle, la volonté d’améliorer, la réflexion stratégique, toutes ces notions y sont minorées au profit de l’exécution. Soyez un rouage et taisez-vous. Vous ne réfléchirez que lorsqu’on vous demandera de le faire. Mais avec les résultats attendus. Gare à ceux qui ne seront pas dans la ligne, ou infirmeront les présupposés.
Dans ce scénario, les gorges recommencent à se nouer. Les objectifs inatteignables coupent les jambes. Les gens n’osent plus parler. Les mains se lient et la parole se limite à des cercles de confiance. La direction se coupe de remontées importantes et, ceux qui osent encore, peuvent craindre pour leur position voir pour leur contrat. Selon la nature de l’écho qui remonte, tout ce que vous aurez presque dit pourra être retenu contre vous. Les stratégies d’évitement se multiplient face aux mesures de rétorsions.
Brutalité des décisions
Si la brutalité des décisions ne serait exprimée ex abrupto comme autrefois, elle reviendrait derrière les rideaux feutrés d’un théâtre de paraitre dont la mise en scène en plusieurs actes, trompe de moins en moins de personnes. A force de casser pour protéger, on ne protège plus personne, on fait régner la terreur. Notre section CFE CGC est encore jeune, mais nous ne sommes pas des perdreaux de l’année. Nous connaissons les fondements et usages de la post vérité et comment on pervertit une valeur, un message pour justifier une pratique inverse.
Ce scénario est-il lointain et inimaginable ? Les signaux actuellement envoyés peuvent-ils faire penser qu’il est déjà un peu là ?
Stopper cette dynamique
Il serait peut-être alors urgent de stopper cette dynamique et de revenir à plus d’efficacité diplomatique faute de quoi l’encadrement ne suivra plus, se limitera aux seules directives avec les risques que cela comporte. Les petits problèmes ne seront plus gérés ouvertement. Et tant qu’ils ne seront pas devenus de gros problèmes pris en main par la direction, aucune solution pérenne ne sera mise en place. Du temps perdu pour rien. De l’histoire de la CPAM de Nice, on n’aura rien retenu et on refera les mêmes erreurs.
Face à ce risque, une prise de conscience est nécessaire, la CFE CGC, par la protection que confère ses mandats, peut s’adresser aux directions et remonter des situations et des faits. Nous pouvons tracer les informations transmises et mettre ainsi toute direction face à ses responsabilités légales.
En terme d’efficience réelle, l’autoritarisme ne fera jamais autorité. La CFE CGC s’y opposera pour vous.
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3 commentaires sur « Edito : attention à la dérive autoritaire »
Texte très pertinent. C’est tellement vrai. Bon courage pour la suite.
Instructif et réaliste